La réforme de l’éducation

 

Rappel : l’organisation actuelle de l’enseignement en France

Le Ministère de l’éducation définit les programmes d’enseignement :

;       des écoles maternelles,

;       des écoles primaires,

Il a un rôle beaucoup plus faible concernant les programmes d’enseignement des universités où les professeurs ont une grande liberté.

Il gère le personnel de son ministère, dont les enseignants de l’enseignement secondaire et du supérieur.

Il gère de nombreuses écoles d’ingénieurs, mais certaines écoles dépendent d’un autre ministère, d’une chambre de commerce ou d’une autre tutelle :

;       Ministère de la défense :         école Polytechnique
                                               école Nle supérieure de l’aéronautique et de l’espace (souvent appelé SupAéro)
                                               ENSTA

;       Ministère de l’Industrie :         école des Mines de Paris et de St étienne

;       Ministère de l’agriculture :       Institut agronomique de Paris-Grignon, etc.

;       Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris :
                                             
HEC
                                               école Supérieure de Commerce de Paris.

Les tentatives de réforme

Tous les ministres de l’éducation se sont attaqués à la réforme de l’enseignement et tous ont pratiquement échoué. Ces échecs ont plusieurs raisons :

;       l’hostilité des syndicats,

;       le manque de coopération des administratifs de ce ministère,

;       l’hostilité d’un grand nombre d’enseignants qui ont peur de perdre des avantages acquis.

Pourtant, ce ministère est certainement celui qui laisse le plus à désirer. Cette réforme suppose donc un effort de toute la classe politique.

Les principes généraux de la réforme proposée

Claude Allègre, alors Ministre de l’éducation, s’était plaint, à juste titre, de la lourdeur de son ministère et du manque d’efficacité qui en résultait. Compte tenu de la taille de ce ministère et des effectifs, il est très difficile d’y voir clair. Dans ce cas, une méthode qui a fait ses preuves, notamment dans l’industrie, consiste à découper ce ministère en plusieurs unités plus petites que l’on peut étudier plus facilement et sur lesquelles on peut appliquer des réformes si elles s’avèrent nécessaires.

On peut envisager 6 grandes directions pour l’amélioration de l’éducation :

;       dégraisser le mammouth,

;       libérer l’enseignement (une réelle concurrence est souhaitable),

;       revoir le contenu des programmes,

;       revoir le niveau des examens

;     revoir le financement de l'éducation

;     envisager un découpage en semestres.

Enfin, il faut faire comprendre aux parents que léducation de leurs enfants n'est pas uniquement le problème de l'Etat ou des collectivités locales, mais qu'ils ont aussi leur part de responsabilité dans cette éducation.

Le CNRS, bien que n’étant pas un établissement d’enseignement, comporte des établissements qui dépendent très souvent du ministère de l’éducation. Une réforme du CNRS semble indispensable.

Enfin, il faut se poser la question de la sélection ou de la non-sélection. Nous commencerons par cette question qui a des répercussions sur l’organisation de l’enseignement.

Sélection ou non-sélection ?

Pour certaines personnes, en particulier pour les socialistes, la sélection n’est pas souhaitable. Et pourtant, il y a une sélection pour entrer à l’ENA, il y a une sélection pour entrer dans une équipe de France sportive, etc.

Depuis plusieurs années, presque tous les élèves terminant la classe de CM2, entrent en sixième. Certains de ces élèves savent à peine lire et compter et ne peuvent pas suivre : ils s’ennuient et ralentissent le travail des autres élèves tout en décourageant parfois les enseignants. Cela peut évidemment se produire dans d’autres classes.

Dans l’intérêt de chacun, il faut permettre aux écoliers, collégiens, lycéens de progresser à la vitesse qui leur est optimale.

En revanche, des jeunes qui sont peu doués pour les études abstraites, peuvent être plus doués pour l’apprentissage de techniques plus concrètes, dont l’apprentissage d’un métier manuel (artisanat par exemple). Il est donc préférable d’orienter ces élèves assez vite vers ce type de formation tout en prévoyant des passerelles pour ceux qui s’avéreraient meilleurs que prévus dans les matières abstraites.

Pour ces raisons, nous proposerons de rétablir l’examen d’entrée en sixième.

La recherche fondamentale en France

Il faudrait aussi revoir l’organisation du CNRS et le fonctionnement des universités. En particulier une plus grande collaboration avec l’industrie serait souhaitable, ce qui permettrait d’apporter un complément de financement aux universités ou au CNRS, comme cela se fait beaucoup aux USA[4] et oblige les universités à rester en contact avec les réalités économiques et industrielles.

La semestrialisation des études

Dans certaines écoles d’Ingénieurs, la scolarité n’est plus divisée en 3 années, mais en 6 semestres. Si un élève est malade pendant deux mois, au lieu d’être obligé de redoubler une année, il ne redouble qu’un semestre.

Un tel découpage est également applicable dans les lycées où les redoublements sont plus fréquents et aurait un rôle tout à fait positif pour les élèves. Le seul problème est que cela complique sensiblement le fonctionnement administratif du lycée : les 3 années sont découpées en 6 semestres et il faut presque doubler les enseignements à cause des redoublants.

La semestrialisation conduit à l’obtention d’un baccalauréat en juillet pour les élèves qui ne redoublent pas, ou qui redoublent 2 fois et à l’obtention du baccalauréat en février/mars pour ceux qui redoublent une fois ou trois fois. Comme ces derniers risquent de ne pas poursuivre immédiatement leurs études, il faut donc prévoir un semestre de transition, leur permettant d’améliorer leur connaissances avant l’entrée dans l’enseignement supérieur, sauf si celui-ci dispose partout du mode semestriel qui autorise l’entrée dans le supérieur soit en octobre, soit en mars.

La formation des enseignants

Les enseignants doivent évidemment avoir une compétence dans la discipline qu’ils enseignent. Ils doivent également avoir acquis une compétence sur le plan pédagogique. Mais cela ne suffit pas : il est souhaitable que les enseignants aient assimilé concrètement à quoi sert leur discipline dans la vie courante ou dans les objets utilisés. Cela éviterait des cours sans lien avec la réalité quotidienne.

Le statut des enseignants

D’une manière générale, la suppression des privilèges suppose la suppression du statut de fonctionnaires. Les professeurs pourraient avoir un statut de contractuels leur permettant plus facilement de quitter l’enseignement pour travailler dans le secteur privé (industriel, commercial, etc.) et éventuellement de revenir ensuite dans l’enseignement. La seule condition serait que le changement de poste ne se fasse pas en cours de semestre ou pendant l’année scolaire.

Revoir le fonctionnement des établissements

Un proviseur de Lycée n’a pratiquement aucune influence sur le salaire des enseignants, que ceux-ci soient bons ou non, qu’ils aient un taux d’absentéisme élevés ou non.

Le proviseur n’a pratiquement aucune influence sur le nombre d’heures affectées à chaque discipline puisque les horaires sont imposés par le Ministère.

Un lycée devrait être géré comme une entreprise, sachant que l’évaluation se fera sur le niveau des élèves. Les parents d’élèves, qui sont en fait les financiers du lycée, peuvent être associés à cette gestion, au moins pour :

;       les travaux d’entretien,

;       l’évaluation des enseignants (quand cela est possible).

L’état s’est déchargé sur les régions et les départements, respectivement pour la construction et l’entretien des lycées et CES, mais pas pour l’activité d’enseignement : les professeurs sont toujours payés par l’état. Il faut se poser la question suivante :

Ne serait-il pas préférable que les professeurs soient payés par les régions, à condition toutefois que les effectifs du Ministère de l’éducation soient considérablement réduits ?

Cela permettrait dans une certaine mesure de mettre les régions en concurrence et d’augmenter la liberté de chaque région.

En revanche, il faudrait faire attention à ne pas multiplier par 26 certains services du ministère actuel. Il faudrait s'assurer que les régions disposent de suffisamment de compétences pour gérer de tels établissements.

L’idéal serait certainement de tenter une opération pilote pendant 2 ou 3 ans sur quelques CES et lycées avant de prendre une décision définitive.

L’intégration des lycées dans la cité

Le lycée est utilisé au plus 9 mois par an. Pendant les périodes scolaires, il est utilisé par les élèves et les professeurs et est inutilisé pendant les vacances.

On pourrait envisager l’utilisation partielle du lycée pour des cours destinés aux adultes (moyennant paiement). Cela permettrait à la fois une meilleure intégration du lycée dans la cité, une amélioration des connaissances des adultes de la cité et un léger apport financier pour l’entretien du lycée.

La réforme du CNRS

Nous avons vu, dans la première partie, l’inefficacité patente du CNRS. Plusieurs directions sont possibles dont la privatisation du CNRS (ce qui n’interdit pas une participation de l’état dans son financement).

La recherche fondamentale est intéressante, permet quelquefois d’obtenir des prix Nobel, mais n’a pas beaucoup d’influence ni sur l’activité économique du pays, ni sur la réduction du chômage. Elle conduit assez peu dans le dépôt de brevets rentables pour le pays. Cependant elle est financée avec l’argent des contribuables, y compris avec les impôts des pauvres.

Compte tenu de la situation difficile des entreprises françaises et du retard dans les nouveaux secteurs, il semble souhaitable d’orienter davantage le CNRS vers la recherche appliquée en liaison avec les entreprises à chaque fois que cela est possible.

Le départ du Professeur Montagnier et de quelques jeunes chercheurs aux USA montrent bien que la recherche fonctionnarisée n’est pas la bonne solution.

Principes généraux de la réforme du CNRS

La réforme du CNRS doit être étudié en ayant en tête deux objectifs principaux :

;       La recherche publique, c’est à dire payée par le contribuable, doit être centrée, en priorité, sur les disciplines qui sont susceptibles d’être utiles, par la suite, pour le développement de nouvelles technologies et de produits.

;       La recherche publique n’est pas destinée à faire vivre des chercheurs titulaires qui n’ont aucune chance de trouver ! En un mot, il faut repenser la gestion administrative et juridique du CNRS.

La concentration sur les disciplines susceptibles d’être utiles

On pourrait envisager de concentrer la recherche publique sur des domaines du type :

;       physique de la matière,

;       physique des matériaux,

;       micro-électronique,

;       matériaux composites,

;       chimie organique,

;       biologie moléculaire,

;       génétique,

et réduire sensiblement les dépenses dans des domaines comme :

;       l’astrophysique et l’astronomie,

;       les mathématiques pures,

;       la paléontologie,

;       la psychologie,

;       l’histoire, etc.

Ces deux listes sont volontairement incomplètes car une étude plus approfondie est nécessaire.

La réforme du mode de gestion du CNRS

Le statut du CNRS doit être revu complètement. La proposition suivante n’est qu’une base de réflexion :

;       Un jeune chercheur à un contrat d’une durée limitée de 1 à 3 ans. Si à l’issue de cette période, il apparaît qu’il n’est pas doué pour la recherche (ce qui ne signifie pas qu’il n’est pas intelligent), il faut lui conseiller d’abandonner la recherche et d’aller vers l’industrie.

;       Si le jeune chercheur s’avère bon, alors son contrat peut être renouvelé pour une période plus longue.

;       A partir d’un certain âge (60 à 65 ans par exemple), un chercheur doit quitter la recherche s’il s’avère « intellectuellement fatigué » ou au contraire son contrat peut être prolongé s’il s’avère exceptionnellement bon. Il peut cependant devenir enseignant dans sa spécialité (Alfred Sauvy a montré que l’on pouvait travailler de façon efficace jusqu’à un âge avancé).

Cette réforme doit se traduire par une diminution du nombre de chercheurs en centrant le CNRS sur les domaines utiles à l’économie et à l’industrie et à une forte réduction du financement avec l’argent du contribuable.

Le rattachement du CNRS au Ministère de l’éducation pose un problème : certains salariés du CNRS sont à la fois chercheur et enseignant, ce qui peut être une bonne chose, mais conduit à un manque de transparence. La fuite des jeunes cerveaux est en partie due au problème de statut et de salaire, mais surtout à la lourdeur de l’administration du CNRS.

Le cas particulier de l’INRIA

L’Institut National de Recherche en Informatique et Automatismes est un organisme d’État financé en grande partie avec l’argent du contribuable.

Il accueille des français et des étrangers qui viennent améliorer leur formation, mais qui entrent rarement dans le secteur économique français.

Depuis plus de 10 ans, l’INRIA n’a pratiquement développé aucun produit commercialisé avec succès[5], contrairement à des universités américaines. Malgré cela, il est en outre possible de faire carrière à l’INRIA, ce qui est anormal.

Il serait donc souhaitable de revoir les missions de l’INRIA et éventuellement de réduire ses effectifs.

[1]       IUFM : Institut Universitaire de Formation des Maîtres.

[2]       Cf Le Point N° 1306 du 27 septembre 1997

[3]       Sur ce point, il faut regarder attentivement la législation du travail et éventuellement la faire modifier pour les enseignants du supérieur et pour les chercheurs des centres de recherches.

[4]       Le livre Manager international de Jacques Maisonrouge explique bien les aspects positifs des universités américaines.

[5]       sauf peut être le logiciel chorus.