Des pans entiers du secteur industriel disparaissent en France. On a noté l’industrie des appareils photos, de la moto, du textile. La sidérurgie a été gravement touchée. L’industrie du bois est touchée également. Notre industrie de l’informatique est devenue inexistante. D’autres secteurs comme l’industrie automobile ont vu leurs bénéfices fondre comme neige au soleil.
Si la disparition de ces industries était compensée par le développement de nouvelles activités, cela ne serait pas grave, mais ce n’est malheureusement pas le cas.
Un tel recul se traduit par une position médiocre en terme de production manufacturière, surtout si nous comparons la production par habitant avec l’Allemagne et le Japon.
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Pays |
Produits manufacturiers en milliards de $ |
Produits manufacturiers par habitant en milliers de $ |
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Japon Allemagne France Italie USA Angleterre |
1 023 565 271 250 1 063 201 |
8 171 6 916 4 664 4 332 4 039 3 420 |
Source OCDE en 1992
Depuis 1992, la production française a plutôt reculé, alors que l’Angleterre améliorait sa position. Aux USA, cette faiblesse est partiellement compensée par une activité très forte et rentable en informatique (avec des entreprises comme Compaq, IBM, Intel, Microsoft) et par un fort déficit de la balance commerciale.
L’industrie de la pêche souffre également, en partie à cause des accords de Bruxelles.
Dans le secteur des services et de la distribution, des chaînes étrangères, souvent d’origine américaine, prennent une part croissante au détriment des acteurs français. A titre d’exemple, on peut citer Mac Donald’s, Pizza Hut, Quick, Toys R US, IKEA, General Electric, EDS, etc.
Les fermetures d'usines sont souvent des délocalisations (Danone, Moulinex/Brandt, Péchiney, etc.) en grande partie à cause des charges qui pèsent sur les entreprises (charges sociales augmentées par la réduction du temps de travail à 35 heures).
La conclusion est qu’il faut réindustrialiser le pays.
Quand le Général de GAULLE avait décidé que la France devait se doter de l’arme nucléaire et des vecteurs capables de la transporter, il est apparu que la France avait besoin d’ordinateurs puissants. Comme le gouvernement américain se faisait tirer l’oreille pour les livrer, il lança le plan calcul qui se poursuivit, sous différentes formes, bien au delà de 1969 et qui coûta au contribuable français au moins 40 milliards de francs.
Cette démarche avait d’abord conduit à passer d’importants marchés d’études à la CAE[1] et à la fusionner avec l’entreprise française SAE[2] pour donner la CII (Compagnie Internationale pour l’Informatique). La CII n’a jamais réussi à acquérir son indépendance sur le plan technique et technologique. Pendant un certain temps, elle s’est appuyée sur l’entreprise américaine SDS (Scientific Data System) qui n’existe plus depuis longtemps.
Par la suite la CII a été fusionnée avec Bull-General Electric.
En 1981-82, Jean-Pierre Chevènement, qui était ministre de tutelle de Bull, a obligé Bull à absorber les filiales informatiques de CGE et de Thomson : Transac et la SEMS, décision particulièrement fâcheuse qui a fait perdre du temps à Bull et qui tentait de faire travailler ensemble des gens qui ne s’entendaient guère.
Le livre de Jean-Pierre Brulé montre bien que dans cette affaire, les hommes politiques, quel que soit leur parti politique, se sont conduits comme des gens incompétents.
Voici une liste non exhaustive des constructeurs d’ordinateurs français qui ont disparu :
IN2 R2E Normerel SOE
Leanord SEMS (racheté par Bull) ELMAT
Logabax SMT-Goupil ADDX
Logabax, Normerel, SMT-Goupil, SOE et TELMAT ont donné lieu à des dépôts de bilan.
Quelques entreprises françaises ont chercher à développer du logiciel et à en faire du commerce (comme Microsoft, Adobe, etc.). A l’exception de Business Objects et de quelques autres, tous ont pratiquement échoué. A titre d’exemple, on peut citer :
Textor, Priam
Des éditeurs de logiciels comme Sybel, SAARI sont passé sous le contrôle d’une société anglaise.
D’autres vivotent comme :
Memsoft,
Nat Systèmes, après une tentative d’implantation aux USA qui a échoué, s'est vendu à une entreprise canadienne.
On constate que les Quebecois, bien que moins nombreux que les français, ont quelques belles réussites dans le domaine du logiciel (Antidote par exemple).
Les grandes SSII françaises ou bien n’ont pas fait de tentatives dans le logiciel, ou bien ont échoué (Cap Gémini, Stéria, Unilog, Sligos, etc.).
La Société Générale a vendu sa SSII SG2 à des anglais.
Quelques entreprises ont réussi un décollage significatif, mais elles se sont vendues à une entreprise américaine (PNB, Chorus par exemple).
Parmi les autres échecs, il y a lieu de noter le Plan Informatique pour Tous lancé par Laurent Fabius qui en avait confié la mise en œuvre à Gilbert Trigano (du Club Méditerranée) qui ne connaissait évidemment rien à l’informatique et qui a été un échec complet.
Les hommes politiques, pour faire plaisir à JJSS[3], avait crée à Paris, le Centre Mondial de l’Informatique et l’Agence pour le Développement de l’Informatique (ADI). Après plusieurs années de fonctionnement, il a fallu se rendre compte que ces deux organismes d’État coûtaient très cher et ne servaient à rien. Il a fallu les fermer et licencier le personnel.
De plus en plus de matériels informatiques portables ne sont plus réparés en France. La réparation est souvent faite dans d’autres pays européens, comme les Pays-Bas, car la législation est plus souple, notamment sur l’utilisation et la gestion de pièces de rechanges hors douane donc ne payant les droits de douane et de TVA que lorsqu’elles sont effectivement utilisées. C’est par exemple le cas du grossiste Actebis qui fait réparer les portables de ses clients aux Pays-Bas.
Pour des activités d’assistance téléphonique, les français composent un numéro de téléphone en France, mais qui conduit directement à l’assistance technique qui se trouve, selon les cas, en Irlande (Gateway 2000), en Belgique (Microsoft dans certains cas), aux Pays-Bas, etc.
Cette série, malheureusement remarquable, d’échecs a diverses causes dont les principales sont les suivantes :
Les industriels à la tête de l’informatique française, au départ la CGE et Thomson, avaient des patrons qui se détestaient et qui ne cherchaient que la rentabilité à court terme.
Pour le matériel, les technologies en électronique, puis en micro-électronique sont très importantes et la France n'a jamais eu la maîtrise de ces technologies,
Les Français sont peut-être bons en programmation, mais peu doués pour l’industrie du logiciel (qui contrairement à ce que l’on croit, est rapidement devenue très capitalistique),
le marché Français est beaucoup trop petit pour permettre d’amortir les investissements en matière grise pour la conception des machines et l’écriture des systèmes d’exploitation.
Enfin, dans certains cas, l’État a financé des entreprises dont les dirigeants étaient incompétents ou malhonnêtes (SMT-Goupil par exemple).
Quelques Français ont réussi dans l’industrie du logiciel. Il y a le cas tout à fait atypique de Business Objects. D’autres Français, qui ont réussi, ont créé leur entreprise aux USA, mais ont souvent dû l’abandonner au profit d’Américains. Cela a été notamment le cas de Philippe KAHN avec Borland International, de Philippe COURTOT avec VERITY. Il faut citer le succès d’éric BENHAMOU qui avait créé Bridge Communications qui a été vendu à l’entreprise américaine 3COM qui a nommé, par la suite éric BENHAMOU comme Chairman et CEO de l’entreprise. On peut citer également les noms d’éric Archambeau, d’éric Hautemont qui ont réussi en Californie.
Cela ne veut pas dire que l’État Français doive se désintéresser du secteur informatique. Mais en aucun cas les décisions ne doivent être prises sur des critères politiques, mais uniquement sur des critères techniques, financiers et marketing.
L’informatique est une chose trop sérieuse pour qu’on laisse les politiques s’en occuper !