Après toutes ces critiques, il faut cependant reconnaître que l’action de l’État a eu des aspects positifs dans plusieurs domaines :
l’éducation,
les infrastructures,
le social,
la santé (malgré quelques problèmes),
certains secteurs industriels (dont l’Aérospatiale).
|
L'éducation Les infrastructures Le social la santé Le futuroscope de Poitiers |
Le secteur industriel La fusée Ariane Le plan électro-nucléaire Airbus L'union européenne |
Jules Ferry, en introduisant l’obligation d’envoyer les enfants à l’école primaire, a permis le premier démarrage de l’éducation. L’état a ensuite développé d’autres formations : l’enseignement secondaire, les universités, les grandes écoles, etc.
Depuis quelques années, la qualité de la formation, notamment dans les universités, a beaucoup baissé, peut-être parce que le nombre d’élèves a augmenté trop rapidement, peut-être aussi parce que certains n’ont manifestement pas le niveau pour suivre, peut-être également parce que la durée des vacances d’été sont trop longues, ce qui conduit à un travail trop intense pendant la période d’enseignement.
Sans l’état, nous n’aurions :
ni réseau ferroviaire,
ni réseau routier et autoroutier,
ni aéroport, etc.
Le domaine du social est sans doute le plus facile puisque le principe général consiste à prélever davantage d'impôts aux plus aisés pour le redistribuer aux plus pauvres. Cela explique que l’état ait assez bien réussi dans ce domaine pendant plusieurs années.
On peut citer à titre d’exemple :
les allocations familiales pour aider les familles qui ont des enfants,
le remboursement des frais médicaux (sécurité sociale),
les allocations pour enfants handicapés,
les bourses d’études,
les congés payés,
le RMI pour aider les chômeurs de très longue durée.
Il faut cependant noter que depuis quelques années, cette redistribution n’a pas permis d’endiguer la montée de la pauvreté.
Le RMI est à la fois un succès et un échec : un succès car il s’agit d’une aide pour ceux qui ont tout perdu et un échec car l’état s’est montré incapable de procurer du travail à ses citoyens.
L’espérance de vie a augmenté notablement en France depuis le siècle dernier. Cette augmentation est due à plusieurs facteurs :
les gains de productivité qui ont permis de rendre le travail moins pénible,
la lutte contre la pollution,
la suppression de certaines activités pénibles (dont l’extraction du charbon et du minerai de fer),
la politique de vaccination,
les progrès de la médecine, etc.
Pour les maladies graves, les soins, même coûteux, sont pratiquement gratuits pour le patient.
Ce secteur est de loin le plus difficile et l’état a peu de succès à mettre à son actif. On peut cependant citer :
Le plan électro-nucléaire
le lancement, en liaison avec d’autres pays européens, de quelques grands projets qui ont réussi :
Airbus Industries
la fusée Ariane,
la construction d’autoroutes, malheureusement à péage,
le développement de France Télécom qui dispose maintenant d’une infrastructure téléphonique moderne (pratiquement tout le réseau est numérisé),
la lutte contre la pollution des plages et des rivières.
Le plan électronucléaire : Ce plan s’avère être un excellent choix : il permet à la fois une grosse économie de carburants fossiles (pétrole, gaz ou charbon), une pollution quasi nulle (aucun rejet dans l’atmosphère) et les équipes de Framatome, de l’EDF et d’autres sous-traitants ont acquis un savoir-faire qui a permis d’exporter des centrales dans différents pays. Les allemands qui ont très peu de centrales nucléaires et en plus une industrie chimique importante ont eu des pluies acides alors que nous n’en avons pas.
Airbus Industries et la fusée Ariane sont deux exemples de collaboration réussie au niveau européen. En effet seuls, nous n’aurions pas pu mener ces projets à leur terme.
Dans d’autres domaines, la politique industrielle a été un véritable échec. C’est notamment le cas en informatique, où les différents plans successifs pour aider la CII, puis BULL n’ont jamais réussi à mettre sur pied une entreprise rentable et innovatrice[1].
Le cas de la SNCF est également très grave : le réseau a été modernisé, mais l’esprit de « jmenfoutisme » et d’incivisme de ses salariés est considérable. Cela explique en partie le fait qu’un grand nombre de banlieusards aient délaissé le train de banlieue au profit de leur voiture personnelle.
Il est incontestable que dans les années 1950 à 1975, l’État a eu globalement un rôle positif dans le développement du pays, mais qu’ensuite le poids de la télévision et des médias a incité les gouvernements à faire des actions qui soient, à court terme, favorables sur le plan médiatique, notamment pour leur réélection.
Le futuroscope est l’une des rares réalisations collectives qui soit un succès. Elle se distingue par le fait que le Président de la région, René MONORY, n’a pas ménagé sa peine et n’est pas issu de l’ENA !
La construction européenne a été une excellente chose pour la France, surtout pendant la période des tentes glorieuses. Jean Monnet avait voulu construire l’europe pour augmenter le marché et la productivité et également pour réduire les risques de conflits armés. Il n’avait pas travaillé en vue d’ouvrir le marché européen aux produits américains ou asiatiques.
L’Union Européenne ressemble à la langue d’ésope : la meilleure chose et la plus mauvaise chose au monde. Elle a permis, à chaque pays adhérant, d’ouvrir le marché européen à ses produits, aussi bien pour les entreprises, les produits agricoles et les services. Cette extension du marché a obligé les entreprises à améliorer leur compétitivité, à réduire leurs prix et cela a été bénéfique pour les consommateurs.
Maintenant les lacunes de cette construction apparaissent : différences fiscales et juridiques, différences de réglementation et de normes, qui sont particulièrement gênantes et un travail d’harmonisation devient urgent.
Elle a obligé les états, dont l’état français à réduire son déficit. Le malheur est que l’état a cherché à réduire son déficit en augmentant la pression fiscale, alors qu’il fallait réduire les dépenses.
Pendant cette période de croissance régulière et sans chômage, on ne s’est pas posé la question : pourquoi tant d’activité malgré des gains de productivité ?
La réponse est cependant relativement simple.
Après la seconde guerre mondiale, il a fallu d’abord reconstruire le pays :
des logements,
remettre en état les usines,
remettre en état les infrastructures routières et les chemins de fer, etc,
et surtout il y a eu une forte demande pour de nouveaux produits :
lave-linge,
récepteur radio d’abord à lampes puis à transistor,
télévision noir et blanc,
télévision couleur,
chaîne haute fidélité et autres appareils audio,
lave-vaisselle,
automobiles,
appareils photos,
caméra.
à une époque où la productivité n’était pas considérable, ce qui explique la forte offre d’emplois qui a absorbé toute la main d’œuvre disponible au point même qu’on « importait » de la main d’œuvre étrangère.
Depuis 1980, il n’y a pratiquement aucun produit réellement nouveau fabriqué en France et les nouveaux produits sont en général importés :
dictaphone,
magnétoscope,
caméscope,
baladeur,
micro-ordinateurs et périphériques associés,
télécopieur,
répondeur téléphonique.
Divers produits nouveaux de qualité ont été proposés sur le marché, mais ont été des échecs commerciaux :
lecteur de CD-Photo (Kodak,
cassette audio numérique (Philips)
magnétoscope de montage pour le grand public (Sony, JVC, etc.)
En outre, le parc automobile est devenu important, le marché est devenu essentiellement un marché de remplacement. Comme la robustesse mécanique et la résistance à la corrosion des automobiles ont été fortement améliorées (ce qui est une excellente chose), les automobilistes peuvent garder leur voiture plus longtemps, ce qui contribue encore à réduire la demande de voitures neuves.
Depuis 1980, les gains de productivité ont continué à augmenter de façon significative.
Comme nous l’avons vu, les nouveaux emplois ne peuvent apparaître :
dans l’industrie s’il y a une forte demande pour des produits réellement nouveaux,
dans des services dont : le tourisme, la santé, les loisirs, etc.
Un autre indicateur montre bien que la recherche française est trop théorique :
| Nombre de brevets déposés | ||
| 1960 | 1995 | |
|
Allemagne France USA Monde |
15 000
220 000 |
43 400 12 500 89 000 640 000 |
On pourrait conclure qu’il serait peut-être souhaitable de réorienter l’effort de recherches de la France dans des secteurs mieux ciblés :
utilisation de l’énergie et lutte contre la pollution,
création de produits réellement nouveaux.
Cela signifie que de nombreux changements devraient être apportés au CNRS à qui il faudra faire supporter une réduction du budget dans certaines disciplines comme :
les mathématiques pures
la paléontologie,
la psychologie
la sociologie, etc.
En revanche, il faudra intensifier les recherches dans d’autres domaines comme :
a science des matériaux,
la production d’oxygène de façon naturelle,
le cycle oxygène/gaz carbonique (pour les futures générations)
une meilleure utilisation des océans pour lutter contre la diminution des bancs de poissons.
D’une manière générale, cela revient à dire qu’il faut réorienter une partie de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée.
Le rôle de l’état est incontestablement indispensable. Le véritable aspect négatif est que certains objectifs sont atteints à un coût beaucoup trop élevé et que l’état échoue dans certains domaines qu’il faudrait sans doute confier au secteur privé.
[1] Cf. le livre « French Ordinateurs »